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Les futurs génies africains des mathématiques sont formés au Sénégal

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La science doit désormais compter sur l’Afrique. Créé en 2011, l’AIMS de M’bour forme chaque année une cinquantaine d’étudiants représentant l’élite du continent et appelés à devenir la prochaine génération de leaders africains.

Un cadre pour étudier sereinement

La quiétude qui règne à l’African Institute for Mathematical Sciences (AIMS) de M’bour contraste avec, de l’autre côté du portail, l’agitation du centre-ville. Dans cette ville de l’ouest du Sénégal à environ 70 km au sud-est de Dakar une cinquantaine d’étudiants sont comme coupés du monde. Ils évoluent dans ce centre d’excellence niché au cœur d’une réserve naturelle en bord de mer et au sein d’un microcosme où tout est conçu pour se concentrer exclusivement sur les sciences mathématiques. Dans ce sanctuaire francophone dédié aux sciences, à la technologie, à l’ingénierie, à la physique quantique et aux mathématiques. Le «big data» trouve ici sa place au même titre que le français et l’anglais.

La formation d’élites via un réseau d’excellence

L’AIMS est le premier réseau panafricain de centres d’excellences pour la formation supérieure en sciences mathématiques. Le premier établissement fondé au Cap en 2003 par le cosmologiste Neil Turok, visait un objectif : créer un contexte idéal pour que le prochain Albert Einstein soit Africain et de plus, formé en Afrique.

Face au succès du modèle captonien, le concept a été reproduit à l’identique au Ghana, au Rwanda, au Cameroun et au Sénégal pour former à terme un réseau structuré de 15 centres d’excellence aux quatre coins du continent africain.

L’établissement de M’bour qui a vu le jour en 2011 ne cesse depuis d’accueillir le nec plus ultra de la génération étudiante et des enseignants de haut niveau. Pour exemple Jean-Christophe Yoccoz ou Cédric Villani, lauréats en 1994 et 2010 de la médaille Fields (l’une des deux plus prestigieuses récompenses en mathématiques et équivalentes à un prix Nobel) ont étudié à AIMS de M’bour.

Comme l’exprime Mouhamed Moustapha Fall, Directeur de l’AIMS M’bour, avant la création de ce réseau, jamais aucun génie scientifique mondial ne serait venu au Sénégal. Fautes de structures adaptées, de capacités financières et d’un pouvoir attractif suffisants cette région d’Afrique n’aurait pas eu les moyens d’attirer ne serait-ce que l’attention de grands professeurs. Le réseau panafricain a levé ces barrières et ouvert la voie à la formation de futurs génies.

Un enseignement entièrement gratuit

La sélection pour entrer à l’AIMS est redoutable. Chaque année des centaines de candidats tentent leur chance. Les étudiants sont tenus de déposer leur dossier en ligne avant leur convocation à un entretien individuel par visioconférence. Seule une cinquantaine d’entre eux seront retenus et auront la chance de passer quelques mois à M’bour.

La formation à l’école est entièrement gratuite car prise en charge pour moitié par l’Etat sénégalais, le reste par des donateurs internationaux comme le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), la fondation MasterCard, la fondation Alexander-von-Humboldt ou le ministère canadien des affaires étrangères.

Depuis sa création, le programme d’enseignement de l’établissement s’est considérablement étoffé. A l’origine il ne proposait qu’une formation « recherche » composée essentiellement de cours s’étalant sur dix mois. Pour s’adapter au marché et au contexte mondial, le centre a du revoir sa copie et former des jeunes capables de répondre aux attentes les plus pointues des acteurs du secteur privé. C’est ainsi qu’en 2015 est née l’option « Coopérative » qui prévoit six mois de stage en entreprise ou en laboratoire de recherche en Afrique et partout dans le monde. Cette approche qui immerge les étudiants dans la réalité du terrain décuple leurs chances de trouver un emploi à la sortie de l’école. Grâce au soutien de professeurs de renommée internationale et aux retombées bénéfiques d’une première expérience professionnelle, les étudiants savent qu’ils détiennent les clés de la réussite. L’exemple de Matar Ndongo, 28 ans en est la parfaite illustration. Inscrit à ce type de formation, il a pu effectuer son stage au laboratoire de HEC Montréal. Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), à Montpellier, l’attend pour six nouveaux mois de recherches.

Un bel horizon ouvert dans le privé

Autre bel exemple de réussite, celui de l’étudiant camerounais Ramiyou Karim Mache recruté comme stagiaire chez Sonatel, l’opérateur télécoms, filiale du groupe Orange au Sénégal. Ses compétences dans le domaine du Big Data ont été remarquées au point qu’il s’est vu proposer un poste avec une belle carrière en perspective.

Le cliché sur la solitude du mathématicien prisonnier de ses formules a vécu. Le secteur privé lui offre désormais l’opportunité d’occuper des postes à hautes responsabilités et de réaliser des parcours professionnels exceptionnels. Au moment du choix, certains étudiants hésitent cependant entre céder à de séduisantes propositions du privé ou créer leur propre entreprise et être leur propre patron.

S’installer à son compte c’est le rêve de la nigériane Janet Mutuku. A seulement 25 ans cette surdouée en matière de traitement des données financières, sur le point d’intégrer le marché du travail a choisi de partir au Canada pour quelques temps. Mais elle sait déjà qu’une fois rentrée, elle dirigera sa propre entreprise de conseil en finance et en investissement.

L’idée de faire émerger le prochain Albert Einstein du sol africain mérite d’être complétée ou du moins expliquée. Les centres AIMS doivent participer à former des africains capables par leurs idées révolutionnaires de transformer l’Afrique à l’image de ce qu’apporta Einstein au monde de la physique. Le réseau avec la création de nouveaux centres en Côte d’Ivoire et en République démocratique du Congo (RDC) détiennent entre leurs murs la solution pour gagner le pari de l’autosuffisance scientifique du continent africain.

L’épineuse question du financement

L’excellence des cursus proposés par l’AIMS n’est plus à démontrer et chacun sait combien ce réseau est indispensable pour l’essor de l’Afrique. Reste à pallier l’éternel problème des financements sans lesquels rien n’est possible. Toute la question tient dans l’engagement sur la durée des gouvernements qui ont opté pour un partenariat. Le réseau AIMS a déjà dû se désengager d’un Etat qui ne respectait pas ses engagements. Pour bon nombre d’Etats africains, l’enjeu d’une formation en mathématiques n’est pas toujours vu comme une priorité et quand bien même elle l’est, d’autres urgences passent avant…